Vision 2030-2050 d'Énergir : Allocution d'Éric Lachance au Cercle canadien de Montréal

9 Novembre 2020 - Allocutions

Vision 2030-2050 d’Énergir : arrimer les atouts du Québec pour relever le défi climat
Allocution d’Éric Lachance, président et chef de la direction d’Énergir
Prononcée lors d’une conférence virtuelle du Cercle canadien de Montréal
Le 9 novembre 2020

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Bonjour,

Merci de votre présence.

Merci, tout spécialement, à la présidente du Cercle canadien de Montréal, Marie-Hélène Nolet, pour cette invitation.

Je salue également mes collègues d’Énergir qui sont en ligne.

C’est un privilège de travailler avec vous.

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Il y a un an, presque jour pour jour, j’ai su que j’allais succéder à Sophie Brochu à la tête d’Énergir.

Le travail de Sophie a été marquant. Sous sa direction, le distributeur gazier Gaz Métro est devenu Énergir, un fournisseur de solutions énergétiques variées et de plus en plus en renouvelables.

Et je m’engage à poursuivre cette transformation de l’entreprise, et d’amener Énergir encore plus loin.

Avant même que notre monde soit chamboulé par la COVID-19, nous avons pris les devants. 

Nous avons posé un regard lucide sur l’énergie. 

Nous avons défini notre rôle afin d’accélérer la nécessaire décarbonation du Québec.

Bref, au cours des 10 derniers mois, nous avons bâti notre vision d’entreprise des dix prochaines années, et même au-delà. Une vision d’envergure et inspirante, qui vise d’importants résultats à court terme tout en pavant la voie à des objectifs et des résultats à plus long terme. 

Aujourd’hui, je partage le fruit de notre réflexion, vous parlerez du contexte changeant dans lequel on évolue et de notre vision pour la suite. Je vais m’attarder à notre activité de distribution de gaz au Québec bien que nous soyons actifs aux É-U et dans l’électricité.

Ce que je souhaite c’est vous démontrer comment le Québec peut arriver à réduire ses gaz à effet de serre de manière très substantielle, sans compromettre son économie et, Énergir à son rôle à jouer dans tout cela.

***
Au moment où nous nous parlons, nous sommes au cœur de la deuxième vague de la pandémie.

Si j’ai souvent eu la chance au cours des derniers mois de reconnaître le travail et la résilience exceptionnelle de mes quelque 1 500 collègues d’Énergir, c’est l’une des premières fois que je peux le faire publiquement. 

La force de nos équipes m’a vraiment impressionné. 

On a très rapidement activé notre plan de continuité des opérations,
on a travaillé à distance,
on a mis en place des mesures d’allégement pour nos clients qui vivaient des moments plus difficiles,
on a proposé des idées de relance de notre économie,
on a redonné à la communauté, encore plus que d’habitude.

Et on continue de faire tout ça. Parce que c’est important. C’est notre responsabilité. 

Ce n’est pas anodin que je vous parle de responsabilité. 

Les gouvernements sont venus en aide aux entreprises et aux citoyens en débloquant des milliards pour réduire les impacts humains et économiques de cette pandémie.
On a tous comme citoyen la responsabilité de freiner la propagation; 

Citoyens et entreprises avons pris la responsabilité de nous soutenir. Je pense à l’aide à nos communautés et à l’achat local. 

La pandémie nous aura donc mis devant une évidence : nous sommes responsables les uns des autres et c’est en travaillant ensemble qu’on peut arriver à accomplir de grandes choses.

À travers le monde, on appelle à une relance verte, et les gouvernements pour soutenir l’économie, à des investissements notamment dans des projets d’infrastructures durables.

Nous allons sortir de la pandémie dans un monde où les technologies numériques seront plus présentes; où il y aura de nouvelles collaborations dans les sociétés entre les secteurs public et privé; et où les investissements en économie verte seront plus importants.

Si vous mettez ces éléments ensemble, il y a là les conditions qui rendent possibles des changements importants, peut-être plus vite qu’on le pensait.
C’est une sorte d’accélération de l’histoire.

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Je vous ramène chez Énergir.

Parce qu’au niveau planétaire, malgré cette crise sanitaire, la crise climatique aussi est bien présente. 

Et, nous, notre métier est entre autres de distribuer du gaz naturel, une énergie fossile. 

Et le secteur de l’énergie change très rapidement. 

Même si le gaz naturel demeure très recherché pour son abondance, par sa fiabilité et son faible prix, on anticipe un effritement progressif des volumes des marchés où le gaz a moins d’avantages concurrentiels et une moindre contribution aux réductions des GES.

S’ajoute à cela l’évolution anticipée du prix du carbone, qui met une pression additionnelle sur le prix et la position concurrentielle du gaz naturel.

Si on veut atteindre les objectifs de réduction des GES pour 2030 et 2050, décarboner signifie remplacer du gaz naturel par une énergie plus verte.

Ceux qui me connaissent savent que je suis quelqu’un de pragmatique et de rationnel. J’aime pouvoir m’appuyer sur des faits, évaluer des indicateurs parlants, avoir des cibles réalistes et constater des résultats tangibles. 

Au cours des derniers mois, on a fait un exercice rigoureux pour se projeter en avant.

Parce qu’on est une entreprise responsable, on est convaincu que l’on doit contribuer à l’effort collectif de réduction des GES.

On s’est demandé comment on pourrait encore plus, encore mieux aider le Québec à atteindre ses cibles en matière de réduction des gaz à effet de serre aux horizons 2030 et 2050, et à le faire au meilleur coût pour la société.

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C’est dans ce contexte-là qu’on s’est mis à la table à dessin.

Mais on a aussi réfléchi en se disant qu’une des forces d’Énergir a toujours été de chercher à avoir un impact positif sur les communautés que nous servons et d’être en avant de la parade. 
 
On a été les premiers à mettre en place des programmes d’efficacité énergétique, il y a 20 ans.

On a aussi commencé à intégrer les énergies renouvelables à nos activités il y a plus de 10 ans, au Québec et au Vermont.

Mais il faut aller plus loin; être créatifs, se projeter en avant, se remettre en question.

Énergir croit sincèrement en la complémentarité des énergies. On parle depuis longtemps de la bonne énergie à la bonne place. Mais il faut aller encore plus loin. Ce n’est plus assez.

Pour faire simple, ce qu’on va faire :
C’est décarboner notre réseau de gaz naturel et se concentrer sur les activités à haute valeur ajoutée pour le système énergétique québécois, les activités pour lesquelles on a un avantage compétitif durable.

Comment?

Prenons l’exemple du secteur du bâtiment.

Nous pouvons contribuer à réduire de façon importante les GES du secteur du bâtiment par des efforts accrus en efficacité énergétique, une utilisation grandissante du gaz naturel renouvelable et en opérant les réseaux électrique et gazier de façon complémentaire. 

Décarboner notre réseau de gaz naturel.

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L’efficacité énergétique.


L’efficacité énergétique, on le dit depuis 20 ans, c’est la meilleure option économique et environnementale. 

Et on est déjà très bons dans ce domaine.

En décembre dernier, l’organisme Efficacité énergétique Canada de l’Université Carleton a classé le Québec deuxième, tout juste derrière la Colombie-Britannique, dans son Bulletin des politiques provinciales en matière d’efficacité énergétique.

Le rapport conclut que les programmes d’économie d’énergie mis en place par Énergir et Transition énergétique Québec ont permis d’économiser 1,3 % des ventes de gaz naturel en 2018, ce qui positionne le Québec en première position au Canada pour la filière du gaz naturel!

On va donc accélérer ce que nous faisons déjà très bien.

Au cours des cinq prochaines années, on augmentera de 30 % les économies générées par nos programmes et on réalisera des réductions récurrentes additionnelles de GES de près de 500 000 tonnes.

À ce rythme-là, ça veut dire 1 million de tonnes de réduction d’ici 2030.

En accélérant nos efforts en efficacité énergétique, on veut accomplir ce qu’on a fait durant les 20 dernières années, mais pour les dix prochaines.

***

Le gaz naturel renouvelable (GNR)


Nous allons aussi accélérer l’injection de GNR dans notre réseau. En verdissant le produit qu’on distribue, on a un impact direct sur les GES du Québec. 

Le gouvernement a adopté un règlement qui fixe la quantité minimale de GNR qui devra être livrée par les distributeurs à 5 % en 2025.

C’est très bien. Mais on peut et on doit faire plus.

Pour vous donner un ordre de grandeur, avec 5 % de GNR, on évite annuellement l’émission de 550 000 tonnes de GES en considérant la substitution de gaz naturel conventionnel.

Avec une proportion de 10 % de GNR dans le réseau gazier, le Québec pourrait réduire ses émissions de 1,1 million de tonnes à l’horizon 2030.

On s’est dotés de cibles élevées, mais réalistes et basées sur le potentiel réel de production de GNR au Québec à des coûts raisonnables. Ce qu’on vise, c’est au moins 10 % de GNR en 2030. Ce n’est pas rien.

C’est bien beau dire ce qu’on veut faire, mais on doit aussi penser à nos clients. S’assurer qu’ils voudront poursuivre ce bout de chemin avec nous.

C’est la combinaison de l’efficacité énergétique et du GNR qui permettra de répondre de façon très économique à la décarbonation de certains types de clients.

Par exemple, un commerce nous dit qu’il veut réduire son empreinte environnementale, mais qu’il n’a pas les moyens de faire de grands changements.

Premièrement, on lui offre de mener un projet d’efficacité énergétique. Ça peut prendre la forme d’un changement d’appareil à haute efficacité ou du préchauffage solaire par exemple.

Avec le montant économisé en consommant moins de gaz naturel, il pourra acheter un certain pourcentage de GNR - 30 %, 50 %, 70 % - pour réduire encore davantage son empreinte, et tout cela, sans augmenter le montant de sa facture.

Donc, si je résume, nous allons accélérer ce que nous faisons déjà.

***

Complémentarité des réseaux énergétiques du Québec
Le deuxième axe vise à se concentrer sur les activités à haute valeur ajoutée. Je parle ici de complémentarité des réseaux énergétiques du Québec.

C’est de reconnaître que pour décarboner rapidement le Québec et le faire à moindre coût, il ne faut pas décarboner chaque réseau en silo ou encore miser sur une énergie. Il faut plutôt se demander qui est le mieux placé pour faire quoi.

Cette initiative est importante. Ça chamboule le modèle d’affaires traditionnel de la plupart des entreprises qui dit que plus tu vends un produit ou un service, plus tu génères des profits.

Pour en venir à une telle stratégie, on devait admettre que le gaz naturel serait de moins en moins consommé, et que ces volumes allaient décroître de plus en plus.

Nous sommes lucides.

À partir de ça, on s’est demandé comment notre réseau, 11 000 km de conduites, un actif québécois précieux qui s’est développé au cours des 60 dernières années, pouvait aider le réseau de distribution électrique et travailler de manière complémentaire.

Il y a des choses qu’on peut faire seuls. Mais il n’y a pas juste nous qui avons des solutions et il y en a qu’on explore conjointement avec Hydro-Québec, et les discussions sont constructives.

Par exemple :

On a la chance au Québec de compter sur de l’électricité renouvelable à bon prix.

Mais augmenter la capacité électrique en période de pointe coûte cher à HQ qui doit investir dans de nouvelles infrastructures pour satisfaire cette nouvelle demande.

Un réseau gazier peut servir cette pointe à moindre coût et les infrastructures requises pour y arriver sont déjà en place.

Faisons une analogie avec la décarbonation du transport.

Pour y arriver, ça prend plus de transport en commun, c’est évident.

Mais, il arrive un point où ça coûte beaucoup plus cher et prend beaucoup plus de temps, principalement en heure de pointe, d’essayer de migrer tout le transport routier vers le métro, le tramway et le train alors qu’on peut continuer d’utiliser les routes existantes et encourager le co-voiturage, les voitures hybrides, 100 % électriques et d’avoir plus d’autobus afin d’éviter de construire de nouvelles infrastructures dont on aurait besoin que quelques heures dans la journée ou l’année.

Il y a des usages et des périodes où l'utilisation de l’électricité a plus de sens, mais pour d’autres, où le réseau gazier, avec un gaz de plus en plus renouvelable, est plus sensé.

On veut donc développer des offres commerciales qui amèneront nos clients là où nous avons une valeur ajoutée, là où ça se tient pour le système énergétique québécois.

Pour des raisons techniques et financières, il y a des usages qui ne peuvent pas être électrifiés ou décarbonés maintenant, comme des procédés industriels par exemple.

Mais les technologies continuent d’évoluer et leur coût de baisser. On peut penser à l’hydrogène et à la capture de carbone qui, seules ou en combinaison, pourront également contribuer à atteindre la carboneutralité, et pour lesquels notre réseau aura un rôle à jouer.

Le secteur du bâtiment est, quant à lui, plus facilement électrifiable, du moins en importante partie, et les gains GES peuvent être importants rapidement.

Pour les bâtiments, en plus de l’efficacité énergétique du GNR, nous proposons de reconnaître là où notre réseau a de la valeur et de concentrer le plus possible l’utilisation du gaz naturel en période de pointe, et ainsi libérer des capacités sur le réseau électrique pour électrifier davantage tout au long de l’année et éviter de construire de nouvelles infrastructures qui ne seraient utilisées que seulement quelques centaines d’heures en période plus achalandée.

Ainsi, nous visons à réduire de 30 % les GES dans les bâtiments que nous desservons d’ici 2030. Et nous visons la carboneutralité de ce secteur d’ici 2050.

C’est une solution gagnante sur toute la ligne. Tant du point de vue de la société, de nos clients et de l’entreprise.

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Nouveaux vecteurs de croissance

Parallèlement, on veut aussi développer de nouveaux vecteurs de croissance.


Énergir a une excellente occasion de se positionner dans le développement des services et de l’expertise énergétique auprès des clients.

Il y a aussi toute la filière de l’hydrogène qui offre de belles opportunités. On peut injecter une certaine quantité dans le réseau pour le verdir ou bien jumeler l’hydrogène et le captage de CO2 pour faire du GNR. 

Bref, notre vision est de nous assurer de rester pertinents auprès de notre clientèle et pour l’économie du Québec. 
 
Le gaz naturel, l’efficacité énergétique, le GNR et la complémentarité nous permettront de conserver la pertinence du réseau et de nous inscrire parfaitement dans le parcours de décarbonation de nos clients et de la société. 
 
C’est ce qui fait que nous faisons évoluer la formule de la bonne énergie, à la bonne place qui nous a guidés jusqu’à présent. On parle maintenant de la bonne énergie, à la bonne place, au bon moment et au meilleur prix.

***

Ce que je viens de vous dire va venir changer profondément la base même de notre modèle d’affaires.

Depuis 60 ans, la croissance d’Énergir au Québec a beaucoup reposé sur une augmentation des volumes de gaz naturel distribués, malgré le succès de nos mesures d’efficacité énergétique.

On le dit depuis plusieurs années, et c’est encore vrai, le gaz naturel est l’énergie fossile la plus propre.

Parce qu’on est des champions de l’efficacité énergétique, on vend moins de gaz… mais à plus de monde.

Avec cette vision mise à jour, on sort du cadre.

On va vendre en fonction de la valeur, plutôt qu’en fonction du volume.

On sort du modèle selon lequel pour grandir, il faut aller chercher plus de carbone enfoui.

***
Au Québec, nous avons un atout extraordinaire qu’est l’hydroélectricité.

C’est incontestable.

Les deux ensembles, notre réseau, et celui d’Hydro-Québec permettent d’agir en complémentarité pour décarboner notre économie mieux que n’importe où en Amérique du Nord. Et de le faire au meilleur coût pour la société.

Depuis 60 ans, nous développons côte à côte deux réseaux énergétiques.

Il ne faut pas les voir en opposition.

Il faut les voir en combinaison.

Énergir est un partenaire apprécié et recherché par les communautés.

Le gaz naturel, comme énergie thermique de plus en plus décarbonée, est une option avantageuse sur le plan économique et environnemental pour certains usages.

Notre réseau, qui rejoint presque toutes les régions, deviendra de plus en plus une infrastructure de transport d’une énergie carboneutre.

Ce réseau qui livre du gaz naturel va de plus en plus collecter du gaz naturel renouvelable produit dans des régions agricoles ou forestières qui vont développer un nouveau créneau de développement économique et s’inscrire à leur manière dans la décarbonation.

Il reste beaucoup de travail à faire. 

Et on pense déjà à 2050 et où nous souhaitons être, et ce que sera notre contribution. C’est encore loin 2050. Les technologies vont se développer, tout un écosystème continuera de se mobiliser et à développer de nouvelles façons de décarboner notre économie, au meilleur coût. Chose certaine, on visera la carboneutralité. 

Je peux compter sur mes collègues, nos partenaires et nos clients qui partagent comme moi le souhait de voir Énergir poser des gestes concrets pour une économie verte et inclusive

Et je compte personnellement m’y investir.


Merci.
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