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Gaz naturel pour véhicules

Ottawa serre la vis au diesel

À mesure que s’accroissent les taxes sur les émissions de carbone partout au Canada, la différence de prix va continuer de se creuser en faveur du gaz naturel — surtout s’il est produit de façon renouvelable.
Voilà déjà plusieurs années que le Québec a son marché du carbone, le SPEDE, qui encourage les entreprises à réduire leurs émissions. Également, depuis 2019, le gouvernement fédéral a introduit une taxe sur le carbone pour les provinces n’ayant aucun mécanisme en place. Avec le Règlement fédéral sur les combustibles propres, le Canada se dote d’un outil supplémentaire pour réduire les émissions associées au combustible fossile liquide comme le diesel et favoriser l’essor de carburants de rechange comme le gaz naturel. Une proposition a été publiée dans la Partie I de la Gazette du Canada fin 2020, et l’officialisation (la Partie II) est imminente.

« Ce règlement va donner à tous les propriétaires/opérateurs de station de ravitaillement en gaz naturel la possibilité de générer des crédits. N’importe quelle flotte canadienne de camions au gaz naturel s’approvisionnant dans ces stations pourra bénéficier des retombées de ces crédits dont la valeur sera déterminée par le marché », explique Bruce Winchester, directeur exécutif de l’Alliance canadienne pour les véhicules au gaz naturel (ACVGN).

Le mécanisme sera différent du système de plafonnement et d’échange employé au Québec (SPEDE), mais il aura le même résultat dans le tiroir-caisse des transporteurs : une hausse relative des coûts du diesel. Combiné à la taxe fédérale sur le carbone, qui doit atteindre 170 $ par tonne en 2030, le nouveau Règlement pourrait faire gonfler le diesel de 50 % à la pompe (sans prendre en compte les chocs provoqués cette année par la guerre en Ukraine).

100 000 $ en crédits carbone, c'est possible!

Les transporteurs ont donc intérêt à se débarrasser de leurs moteurs diesel à moyen terme. La bonne nouvelle, c’est qu’un choix grandissant de technologies moins polluantes s’offre à eux. Le gaz naturel bien sûr, mais à plus forte raison le gaz naturel renouvelable créé à partir de déchets organiques.

« Déjà, le gaz naturel a permis à l’un de nos membres de récolter plus de 180 000 $ en crédits; presque assez pour s’acheter un nouveau camion! », se félicite Bruce Winchester. « En plus de l’argument des coûts, les transporteurs nous rapportent une pression grandissante de la part de leurs clients pour verdir leurs opérations. Nous avons d’ailleurs recadré notre mandat pour englober l’ensemble des technologies de réduction des émissions qui sont disponibles et abordables. »

En ce qui concerne le gaz naturel, il estime que le parc canadien actuel compte 3 000 véhicules, qui se retrouvent principalement au Québec, et ce, selon lui, grâce à la subvention Écocamionnage ainsi qu’à l’impulsion de pionniers comme l’entreprise EBI qui a bâti tout un réseau de stations dans la province. Suivent la Colombie-Britannique et l’Ontario; l’Alberta est à surveiller, notamment les autobus de la ville de Calgary et le transporteur Mullen qui prévoit une centaine de tracteurs de classe 8.

À noter que l’offre de véhicules est de plus en plus attrayante, et inclut notamment l’annonce d’un moteur Cummins de 15L. Mais il va falloir faire preuve de patience, et il vaudra mieux passer sa commande tôt, prévient Bruce Winchester.

Des ralentissements à prévoir

« Les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement mondiales freinent énormément l’approvisionnement des constructeurs d’ici. Les retards atteignent déjà un à deux ans. De plus, les gros acheteurs américains comme Amazon, qui planifie l’achat de 1 000 à 3 000 tracteurs au gaz naturel, ont tendance à passer en priorité au détriment des plus petites flottes. On peut se consoler en rappelant que c’est la même chose du côté des camions au diesel! »ajoute M. Winchester.

Les législateurs prennent aussi leur temps à Ottawa, où l’entrée en vigueur du Règlement est encore en discussion. Elle devra se faire par l’entremise d’une publication dans la Partie II de la Gazette du Canada, que les dernières rumeurs portent au mois de juin, toujours selon M. Winchester.